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Pour comprendre le sens de la marche du souvenir vers Inal initiée par les défenseurs des droits de l’homme sous la conduite de Biram Ould Abeid, président de l’Ira, un bref retour sur le passé est nécessaire. Un retour qui passe par le témoignage poignant paru dans le livre de Mohamadou Sy «l’enfer d’Inal », qui nous entraine dans ce polar sibérien, cet univers kafkaïen où des prisonniers arrêtés sans motifs sur leurs lieux de travail s’en demanderont les raisons jusqu’ ‘à la mort face à des geôliers cyniques et méthodiques, goguenards et méprisants. Nous sommes le 28 novembre 1990, soit le 30e anniversaire de la Mauritanie. Le monde entier était tourné vers l’Irak où s’achevait l’opération Bouclier du Désert en prélude à la Tempête du désert qui libérera le Koweït en janvier 1991. Qui se souciait du sort des négro-africains dans le village mondial ? Le moment était idéal.
 Ce jour là , 28 militaires négro-africains choisis au hasard dans un groupe de prisonniers militaires arrêtés arbitrairement quelques semaines plus tôt, sont numérotés et pendus sans autre forme de procès. «28 novembre, donc 28 pendaisons », écrira l’auteur qui dresse un parallélisme entre cette purification et ce qu’a connu l’Allemagne dans la nuit de «Crystal » des années 30.
Cette horreur sensée restée un secret du désert est ressortie depuis au grand jour. La protestation, tardive hélas, de Rolland Dumas, ministre français des Affaires Etrangères, alors en visite express en Mauritanie, provoquera la libération du reste des prisonniers mauritaniens. Les organismes internationaux, Amnesty International en tête, parleront de 509 morts en se basant sur la liste des témoignages des rescapés. La liste de ces 509 morts (nom, village, matricule, lieu du décès) tués dans un temps court entre août 90 et janvier 91 est aujourd’hui disponible sur Internet et même sur Facebook. Pendant longtemps, le pouvoir tentera d’étouffer tout débat refusant jusqu’à aujourd’hui toute reconnaissance de ce forfait. Mohamed Abdel Aziz, alors en route vers la présidence civile, demandera officiellement le pardon à Kaédi au nom des exactions commises par l’Etat,
 Dans la foulée, un programme de compensation financière est lancé avec pour but d’indemniser les ayant-droits. En recevant les compensations, ceux-ci devaient signer une décharge les engageant à abandonner toute possibilité de poursuites. De nombreuses ONG y voient une énième tentative de museler l’histoire.
Ce programme a péché par précipitation et n’a pas apaisé les mémoires. Il faut dire qu’à l’échelle internationale, l’indemnisation n’est jamais venue avant l’instruction,   le pardon n’est jamais prononcé avant la désignation du coupable.  L’Afrique du Sud, le Maroc ont tous deux organisé le procès de leurs années d’exception pour rebondir. Ces deux pays ont définitivement enterré leur passé récent alors que la Mauritanie, qui fuit ses démons, n’arrive pas à  s’en séparer.
 Il reste au président Mohamed Abdel Aziz d’aller maintenant au-delà du «pardon » de Kaédi et de permettre la tenue d’un procès au nom de la mémoire des victimes et pour que la Mauritanie tourne cette page douloureuse. Un procès ne veut pas dire simplement désigner le coupable et le livrer à la vindicte populaire mais d’abord restituer les faits, enquêter sur les circonstances, situer les responsabilités et renforcer les archives judiciaires et civiles d’un document qui permettra aux générations futures de ne pas commettre les mêmes erreurs.
 Sur ce point, la Mauritanie a perdu 20 ans depuis le pogrom d’Ina. Le pouvoir qui voulait éviter à tout prix la justice internationale et la sanction des Occidentaux s’est alliée avec Israël, renoncé à sa lune de miel avec l’Irak de Saddam Hussein, lancé le multipartisme pour échapper à la pression des Occidentaux lesquels travaillent pour leurs intérêts d’abord.  Vaines concessions aujourd’hui dépassées. L’on ne peut pas fuir ses démons mais l’on peut certes s’en exorciser.
M.S
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