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Elle court, elle vole...

La rumeur est sans conteste le sport roi en Mauritanie. Elle nait du déficit de la communication et de l'excès de l'information invérifiable. Elle nait de la rupture des canaux  normaux de communication entre le pouvoir et le peuple. Elle nait d'une situation délétère dans les ministères, les grandes directions et les grandes entreprises  où la communication interne est réduite à sa plus simple expression et où les dirigeants sont rompus à la culture du secret.

 Elle nait de la faillite de la presse (voir la TVM, l'AMI, Radio Mauritanie, Horizons), globalement désinformée. Elle nait de l'absence ou de la peur du débat. L'absence d'un espace public où les opinions peuvent débattre démocratiquement (grandes émissions télé avec le principe du pour et du contre, grandes tribunes ) contribue à ce climat de délation et de diffusion de fausses informations. Aujourd'hui l'université de Nouakchott est fermée et notre télévision nationale préfère les longues séances d'exorcisme par la "guitare traditionnelle" à un débat franc et mesuré. C'est connu, quand on veut étouffer l'information par la voie normale, elle s'échappe par d'autres voies, elle se mélange à la rumeur, elle grossit et finit par être une bombe. Les révolutionnaires français  de 1789 qui sont venus réclamer la tête de la reine étaient mus par une haine décuplée par la rumeur qui attribuait à la reine des propos condescendants à leur encontre. Certes à l'époque, il n'y avait pas encore de conférences. de presse. En existe-t-il seulement  dans la Mauritanie d'aujourd'hui? Pourquoi tant de rumeurs?

 Peut être les canaux de communication utilisés actuellement ne sont pas appropriés. Peut être, il y a trop de rétention d'informations. L'on pensait à tort que la progression des TICS freinerait le "téléphone arabe". Erreur car, avec trois opérateurs téléphoniques, et des centaines de canards,  la socièté mauritanienne moderne n'arrive pas à se passer de la "rumeur". Celle-ci progresse désormais plus vite, aidée en cela par le téléphone mobile, la  presse électronique et une vieille presse blasée à force de précarité. Autre cause de la rumeur, le taux de chômage. Dans un pays où le réflexe de la majorité des citoyens, au chômage ou non, c'est d'aller faire un tour au ministère tous les matins, de flaner dans certaines directions et d'écouter dans les cafés, la moindre allusion mal interprétée peut se transformer en une information de masse. La question qui se pose c'est de savoir si la rumeur joue en faveur du pouvoir ou non? La réponse est complexe, entendu que beaucoup d'Etats utilisent la rumeur pour tester les conséquences d'une décision impopulaire sur l'Opinion publique. Par exemple, il est beaucoup questions de remaniement ministériel ou la tête du premier ministre est mise à prix par les salonnards. S'il s'agit d'une opération de salubrité publique, destinée à conditionner les opinions, elle laisse supposer que le pouvoir s'est résolu à faire recours aux moyens de communication d'une tradition orale plutôt qu'à son armada de communicateurs attitrés dont le rôle c'est de transmettre le discours et les directives aux leaders d'opinions.

MS

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